Le secteur privé est-il encore le bienvenu à Paris ?

Tribune de Valérie Montandon publiée par Causer le 28 février 2024

Pour conserver une unité de façade, les différentes composantes de la gauche parisienne marquée par de profondes divisions se sont radicalisées autour de l’idée de miner le secteur privé. Cette hostilité s’étend du domaine économique jusqu’à l’enseignement. La majorité d’Anne Hidalgo a posé les bases dès le préambule du débat sur le Plan Local d’Urbanisme (PLU), en décrivant notre capitale comme un « soleil noir ». Ils prônent ainsi la décroissance économique, démographique et qualitative de Paris et s’y engagent activement.

L’enfer est pavé de bonnes intentions

L’introduction du PLU Bioclimatique, censé promouvoir des valeurs environnementales, s’avère être une manœuvre politique qui, loin d’être écologiquement vertueuse, semble plutôt justifier des restrictions et des mesures contreproductives visant directement les acteurs du secteur privé. Premièrement, le PLU prévoit une « servitude de mixité fonctionnelle » pour les bâtiments tertiaires de plus de 5000 m², obligeant à inclure 10% de logements dans les projets de rénovation majeure. Cette exigence pourrait fortement dissuader les propriétaires de réaliser des rénovations clés, telles que l’amélioration énergétique ou la modernisation pour répondre aux nouveaux besoins.

Le PLU introduit également l’Urbascore qui évalue les projets immobiliers sur des critères environnementaux et sociaux. Cette méthode, combinant des aspects techniques et qualitatifs, peut entraver l’octroi de permis de construire, en introduisant un niveau de subjectivité qui ouvre la porte à diverses interprétations et à des recours juridiques à foison ! Le PLU impose aussi des restrictions sur le droit de propriété, notamment via le « pastillage » qui limite l’usage de plus d’un millier de parcelles, en les désignant comme « emplacements réservés ». Les propriétaires concernés voulant rénover ou restructurer leur bien doivent se plier à des contraintes strictes, notamment la création d’un pourcentage de logements sociaux qui oscille souvent entre 30% et 100%. De surcroît, le « droit de délaissement » présenté par l’Exécutif parisien comme moyen de sortie pour ces propriétaires, avantage surtout la Ville de Paris dans les transactions foncières, en raison d’une détermination judiciaire des prix de cession en cas de litige, écartant ainsi les principes du libre marché.

Sept établissements de l’enseignement catholique dans la panade

L’équipe d’Anne Hidalgo a en ligne de mire non seulement le secteur économique mais aussi l’enseignement privé. Attractif, ce dernier accueille 37% des élèves parisiens, classant ainsi l’Académie de Paris parmi celles avec le taux le plus faible d’élèves dans le public. Les listes d’attente pour les établissements privés s’allongent tandis que l’évitement de la sectorisation publique s’accroît. La majorité ne remet jamais en cause sa politique, que ce soit en matière de logement, de gestion du cadre de vie, des mobilités, de la sécurité, ou encore du système d’affectation des élèves dans les lycées, Affelnet, qu’elle a accompagné pendant plusieurs années. Les établissements d’enseignement privé qualifiés par les écologistes de « symbole d’entre soi et de recul de la mixité sociale » sont une cible récurrente malgré les efforts des établissements privés en matière pédagogique, de mixité et d’inclusion notamment à travers des initiatives comme les classes ULIS et les classes pour allophones. Le projet de PLU n’aura pas épargné non plus ces établissements. Il prévoit du « pastillage » sur les terrains de sept établissements de l’enseignement privé catholique, réservé pour la création de logement social, compromettant leur avenir, leur modernisation et leur gestion foncière.

Il ressort que le projet de PLU Bioclimatique et les emplacements réservés en vue de la réalisation de logements n’ont pas été conçus pour protéger et verdir, mais pour offrir une base juridique à des projets de densification et de destruction d’espaces verts et de respiration. Ainsi la majorité des bâtiments ciblés par le « pastillage » par la ville de Paris sont soit occupés, soit en bon état. Conformément aux propositions que nous avons émises lors du débat au Conseil de Paris, nous recommandons donc que la Ville cible principalement les propriétés qui restent durablement vacantes ou qui sont insalubres. Il est également crucial de promouvoir la rénovation ou la conversion des immeubles en travaillant sur l’incitation et en améliorant l’anticipation de la réversibilité, afin de soutenir une gestion plus efficace et durable de l’urbanisme.

Faut-il en déduire que l’objectif de l’équipe d’Anne Hidalgo, ce n’est plus de gérer une ville endettée à hauteur de 10 milliards d’euros, mais d’organiser la municipalisation de la capitale financée grâce aux impôts et notamment à l’augmentation de 62% de la taxe foncière prélevée sur les propriétaires privés encore présents? Le secteur privé est-il encore le bienvenu dans la capitale? Pour être taxé, oui; pour coexister, non !

Décryptages des projets

Décryptages des projets

Retrouvez mon intervention sur la politique du logement et mes prises de position

Dans cette partie du débat, nous attaquons le volet préemption. En préambule, je voulais vous dire, Monsieur BAUDRIER, que dans la préemption que vous faites, contrairement à ce que vous avez dit tout à l’heure, souvent il n’y a pas de vacance. Je le vois dans les dossiers qu’on traite dans le 12e arrondissement, dans la préemption d’immeubles complets, il y a souvent très peu de vacance. Elles sont à la marge, c’est un ou deux logements sur tout l’immeuble. Souvent, ces préemptions ne sont pas non plus justifiées par des travaux ; c’est de la préemption pour la préemption, pour la course aux chiffres. Et en plus d’être coûteuses et de participer à la pénurie de logements à Paris, elles ne créent aucun nouveau logement et, souvent, en plus, la programmation que vous y projetez est très déséquilibrée. Dans ces cas de figure, nous votons contre.

En revanche, il y a parfois, et c’est le cas des 3 projets de délibération que nous voyons en cette séance, des projets qui sont bien ficelés. Pourquoi ? Vous avez par exemple un projet rue de Prague où il y a un R+1 assez inesthétique, où il y a une sorte de commerce ou rez-de-chaussée classique, et là, en effet vous allez le préempter et construire. D’après le dossier, on voit une intégration dans le quartier qui est tout à fait convenable. En plus, il y a suffisamment de largeur dans les rues, puisqu’il y a une place pas très loin. Là, une surélévation, dans ces conditions, en effet, est une bonne configuration, vous allez créer du logement étudiant. Donc oui, en effet, nous adhérons et nous allons voter pour ce projet de délibération.

Il y a aussi un autre projet de délibération où il y a des créations de logements intermédiaires et, je vous l’avoue, je m’y suis prise à plusieurs reprises pour voir si j’avais bien vu, il y a du logement intermédiaire. On s’en félicite, car c’est quelque chose de très rare dans les délibérations de préemption que nous voyons d’habitude et dans les programmes qui sont effectués. En effet, quand un programme est bien intégré dans le tissu urbain, dans un cas de surélévation comme celui-là, ou lorsqu’il y a une programmation qui est aussi équilibrée, nous votons positivement ces logements.

D’habitude, comme je vous l’ai dit, on ne s’inscrivait pas forcément parce qu’on votait pour, donc cela passait hors inscription. Mais là, en effet, je vous montre que la droite parisienne, lorsque les projets sont équilibrés, vote favorablement des programmes de préemption construction.

Plan Climat: une série de promesses irréalistes!

Plan Climat: une série de promesses irréalistes!

Retrouvez mon intervention lors du débat sur le Plan Climat et ma réponse à la Maire de Paris Anne Hidalgo:

Madame la Maire, mes chers collègues, je veux d’abord réagir, Madame la Maire, à la façon dont vous vous adressez aux élus de la droite de l’hémicycle. Au-delà d’une attitude condescendante depuis le début du débat, vous avez qualifié les élus de « les gens là-bas ». Les gens là-bas, ce sont aussi des élus de la République, ce sont des élus parisiens et nous méritons un minimum de considération à cet effet.

Vous avez aussi affirmé que nous vous reprochons de faire des plans, mais vous n’êtes pas allée jusqu’au bout de la phrase, parce que nous vous reprochons de ne faire que des plans de communication, à longueur de journée. Des plans de communication qui ne sont pas suivis d’actions ni de résultats concrets.

En ce qui concerne Mme CORDEBARD, lorsque l’on est la maire de la place de la République, qui a été le lieu qui cet été a connu un pic de chaleur, le pic culminant de chaleur en raison de sa minéralité, vous auriez dû, lors de votre intervention, faire profil bas et ne pas avoir des propos aussi arrogants envers les élus de l’opposition.

Ce plan Climat, loin d’être une stratégie cohérente, ressemble à une mosaïque d’incantations. Le document souffre d’un manque flagrant de pédagogie, d’une analyse préalable des faiblesses, des moyens et du budget déployés, mais aussi des priorités à établir.

Les nombreuses répétitions contribuent à une confusion générale. Il semble que l’esprit de synthèse d’ailleurs ne soit pas le point fort des auteurs de ce plan. Le plan Climat est une série de promesses irréalistes telles que la création des forêts urbaines, que je devrais plutôt qualifier de bosquets, la plantation de 170.000 arbres, plutôt de jeunes pousses, et j’ai même lu dans la presse que vous considérez les plants comme des arbres. C’est sûr qu’à 170.000 plants, on va peut-être y arriver. J’ai aussi les 300 hectares d’espaces incluant les rues jardins.

Cette surenchère dans la communication suscite le scepticisme. Elle évoque, tout comme d’ailleurs votre intervention, une citation de Pierre Dac : « quand les bornes sont franchies, il n’y a plus de limite ». On se demande alors quelles seront les prochaines étapes sémantiques que vous allez utiliser. Est-ce que ce sera Paris en jungle urbaine ou encore en mangrove ? Vous allez me dire, au vu du chaos dans l’espace public, nous y sommes presque.

Pour y remédier, notre groupe a déposé un amendement pour une meilleure programmation des chantiers parisiens dans le but de réduire leur nombre et aussi de mieux contrôler les pollutions entraînées. Nous avons soumis un vœu à la Ville espérant des éclaircissements sur ces 300 hectares d’espaces verts annoncés, suivant d’ailleurs les recommandations de la Mission régionale d’autorité environnementale.

La communication de la Ville à ce sujet reflète une désorganisation totale et un manque de respect. Quelle surprise de découvrir que des cimetières figurent parmi ces espaces verts ouverts aux publics. Comptabiliser les cimetières, c’est une manière originale de fleurir les chiffres, mais surtout cela enterre définitivement mes espoirs de voir un plan Climat sérieux et bien fondé.

Notre groupe Changer Paris a proposé 64 amendements visant à mettre en œuvre des actions réalistes et efficaces. Nous recommandons une approche plus rigoureuse concernant les surélévations des immeubles. Le P.L.U. bioclimatique vous permet des surélévations des immeubles existants dans les voies de plus de 12 mètres de large. Il est essentiel d’examiner des configurations des dents creuses de façon individuelle pour éviter la formation des canyons urbains, sanctuariser des espaces de respiration, mais aussi préserver des bâtiments emblématiques et le patrimoine faubourien. Avec les acteurs locaux, nous suggérons de poursuivre le recensement des dents creuses débuté par la commission du Vieux Paris en 2006.

Concernant la lutte contre les îlots de chaleur urbains, des études doivent être menées pour réaménager les zones identifiées par l’APUR. Il est également important de choisir des matériaux de construction écologiques et esthétiques en privilégiant la pierre de taille, par exemple. C’est ce que nous proposons dans un amendement.

Nous avons déposé des amendements pour mieux concilier les techniques de construction avec l’esthétisme du paysage urbain parisien. Nous demandons aussi à la Ville de dissiper les imprécisions quant à la hauteur des bâtiments et de respecter strictement le règlement des hauteurs et les gabarits définis dans le plan local d’urbanisme de Paris, limitant les dérogations à des cas très spécifiques, en cas de travaux de rénovation thermique ou de végétalisation de toitures qui viendraient légèrement, je précise, légèrement dépasser ces plafonds.

L’approche actuelle néglige aussi l’importance de la gestion à l’échelle métropolitaine, notamment en matière de neutralité carbone, qui ne peut être évaluée de manière isolée.

Pour conclure, il est regrettable de constater que des mesures de ce plan se perdent dans les méandres de l’idéologie, qu’il s’agisse de dicter nos choix alimentaires ou de créer un bureau dédié, je cite : « au genre et à la transition écologique ».

Ce plan Climat semble plutôt une toile où le vert écologique n’est qu’une fine couche superficielle sur un fond rouge idéologique très profond. Cet écran de fumée écologique ne parvient pas à dissimuler aussi bien l’absence de progrès concrets que l’insuffisance de solutions pragmatiques. Je vous remercie.

Conseil de quartiers

Conseil de quartiers

Nous sommes à mi-mandat, il y aura des renouvellements de conseils de quartier la semaine prochaine, cela nous paraît donc être le bon moment pour effectuer un bilan sur le fonctionnement des conseils de quartier dans le 12e d’arrondissement et obtenir un retour d’expérience des membres sortants.

Pourquoi le demandons-nous ? Nous avons eu beaucoup de remontées des conseils de quartier comme quoi il y avait une dégradation de la démocratie participative dans le 12e arrondissement. Ce ne sont pas des cas isolés. J’avais moi-même relayé – je vous avoue que c’était la première fois que cela m’arrivait dans cet hémicycle – un vœu de conseil de quartier parce qu’il n’avait pas obtenu de réponse de la mairie du 12e.

Récemment, les membres du conseil de quartier ont également boycotté une réunion publique, qui était pourtant organisée conjointement avec la mairie. Pas plus tard qu’au dernier conseil d’arrondissement du 12e, le 28 novembre, un autre conseil de quartier a déposé un vœu pour faire part du « mépris de la mairie du 12e quant au fonctionnement du conseil de quartier ».

D’ailleurs, il n’y a qu’à lire les comptes rendus des conseils de quartier pour s’apercevoir de la démotivation et de la très forte préoccupation des membres quant à la démocratie participative. Je vous lirai simplement un passage d’un compte rendu inter-quartiers, qui concerne donc plusieurs conseils. Les secrétaires des conseils de quartier du 12e ont fait part de leur déception et de la perception d’un certain mépris, ce qui entraîne une véritable démotivation des conseils de quartier. Ils citent notamment le fait de ne plus être invités aux inaugurations pour les projets dans lesquels ils sont impliqués, ainsi qu’aux vœux de la maire du 12e.

Voilà l’état d’esprit actuel des conseils de quartier. Dans ce cas, il nous semble très pertinent d’effectuer un bilan à ce jour.

Merci.