Végétalisation : assez d’incantations, place à la mesure

Végétalisation : assez d’incantations, place à la mesure

Quand on parle de végétalisation à Paris, chacun sort ses chiffres. Il manque un thermomètre commun.

L’indice de canopée, celui que la Ville utilise, ne mesure qu’une chose : l’ombre projetée par les arbres, vue du ciel. C’est une photo. Un arbre mort, un arbre malade, un arbre qui souffre de la canicule compte exactement comme un arbre en pleine santé. Une prairie, un buisson, une pelouse : cela ne compte pas du tout.

L’indice NDVI, lui, mesure par satellite la vitalité réelle de la végétation. Une plante vivante ne réfléchit pas la lumière comme une plante desséchée. Ce n’est plus une photo, c’est un film : l’évolution se suit année après année, saison après saison, et même pendant un épisode caniculaire comme celui de fin juin, où les 40 degrés ont été dépassés.

Ce vœu avait déjà été adopté par le Conseil de Paris en 2021. Cinq ans plus tard, l’engagement n’a pas été suivi d’effet. D’où la nécessité de le redéposer aujourd’hui.

La situation actuelle illustre le problème : en pleine canicule, les débats s’échauffent en même temps que la ville, et s’opposent des chiffres et des ressentis. Une mesure incontestable de ce qui verdit vraiment et de ce qui grille rendrait ces échanges constructifs plutôt qu’inflammables.

Assez de mots, assez d’incantations : il est temps de se doter d’un thermomètre. Pendant que Paris surchauffe et que les Parisiens en pâtissent, le seul indice qui grimpe est celui des désaccords, faute d’un chiffre que personne ne puisse contester.

Ce vœu ne demande qu’une chose : le courage de se faire mesurer. Un bilan réellement vert n’a rien à craindre de la mesure.

Ci-dessous mon vœu :

Quel budget pour nos espaces verts ?

Quel budget pour nos espaces verts ?

Comme vous le savez, en 2024, nous avons conduit la M.I.E. des bois de Boulogne et de Vincennes. C’était un travail collectif. Nous avons réussi à établir 68 préconisations. Parmi celles-ci, je vous en conviens, certaines demandent des budgets ou des moyens et nécessitent donc des délais pour les mettre en application. Il y a aussi des préconisations qui ne coûtent rien et qui auraient dû être lancées très rapidement.

Je pense notamment à la préconisation n° 68, qui demandait la mise en place d’un récapitulatif dans les comptes administratifs, avec les recettes, les dépenses et les investissements qui sont inhérents aux bois de Boulogne et de Vincennes. Au dernier budget, j’étais assez surprise de ne pas voir cette préconisation simple, qui ne coûte rien, dans les comptes administratifs.

Ce vœu a justement pour objet de vous demander que cet engagement soit pris en compte. Pourquoi ? Déjà, cela permettrait d’améliorer la visibilité des engagements financiers dans les bois, et de faciliter le pilotage stratégique de ces deux poumons verts parisiens.

Je vous le rappelle, vous le savez très bien, pendant la M.I.E., et pendant les débats que nous avons dans ce Conseil de Paris, nous savons à quel point il est difficile de concilier les différents usages, qu’ils soient sportifs, de loisir, ou culturels, avec l’enjeu de la préservation de la biodiversité. Un des préalables, c’est bien de connaître en effet les dépenses, les investissements, qui sont faits dans ces bois.

J’espère que ce vœu consensuel, et je le rappelle, qui ne coûte rien, qui est préalable à toutes nos décisions stratégiques dans ces poumons verts, sera adopté, c’est-à-dire la mise en place d’un encadré avec les recettes, les dépenses, et les investissements engagés. Bien sûr, il s’agirait que cet encadré soit présenté lors du budget chaque année, lors du Conseil de Paris.

Un budget bricolé et sans vision

Un budget bricolé et sans vision

Retrouvez mon intervention lors du débat budgétaire 2025

Madame la Maire, mes chers collègues,

Lors de la mission d’information et d’évaluation sur les bois de Boulogne et de Vincennes, les membres ont formulé une préconisation claire et simple : créer un encadré spécifique dans la comptabilité administrative permettant d’identifier pour chaque bois l’ensemble des recettes, des dépenses et des investissements engagés. Force est de constater qu’aucune mesure de ce type n’apparaît dans le budget que nous examinons aujourd’hui.

Cette préconisation, qui a été acceptée par l’ensemble des groupes politiques de notre Assemblée et qui ne nécessitait aucun coût supplémentaire, aurait permis de donner une véritable visibilité sur la gestion de ces espaces boisés et sur les enjeux climatiques. Mais, une fois de plus, la Ville semble s’abstenir de prendre des mesures transparentes et structurées.

La réalité, c’est que les bois sont surtout des « cash machines », dont les recettes sont noyées dans le budget global de la Ville. Les 23 concessions dans les deux bois rapportent 22,4 millions d’euros, auxquels s’ajoutent les nombreuses recettes de tous les événements liés, par exemple « We Love Green », et d’autres redevances lucratives.

Face à ces recettes substantielles, le budget que vous allouez à l’entretien et à la valorisation des bois, lui, est beaucoup plus faible. Cette année, la Ville prévoyait un budget annuel de 9,77 millions d’euros, répartis entre le fonctionnement pour 4,45 millions d’euros et l’investissement pour 5,32 millions d’euros. Ces chiffres de recettes et de dépenses, bien qu’ils ne soient pas exhaustifs, mettent en lumière un écart abyssal entre les recettes que génèrent les bois et les montants investis pour leur entretien et leur valorisation.

Parallèlement, ce budget manque cruellement de stratégie et de méthodologie pour répondre aux ambitions affichées au travers des multiples plans : plan Arbre, plan Climat, P.L.U. bioclimatique, dont la création de 300 hectares d’espaces verts. Le dépôt d’un amendement relatif à un budget supplémentaire pour la plantation d’arbres par le groupe PEC « bricolé à la va-vite » illustre parfaitement cette impréparation et cette désinvolture face aux enjeux environnementaux.

Il est tout de même frappant de constater que, après le plan Climat, après le plan Arbre et après le P.L.U. bioclimatique, vous en êtes réduits à improviser, et même à gager les plantations d’arbres sur les dépenses dites imprévues. Oui, « imprévues », mes chers collègues.

La Ville communique beaucoup sur les plans ambitieux, mais, dans les faits, elle bricole des solutions au fil de l’eau, et ce budget ne respire ni la stratégie ni l’ambition, il transpire l’improvisation et l’absence de vision en matière environnementale.

Je vous remercie.

le PLU n’a de climatique que son nom!

le PLU n’a de climatique que son nom!

Madame la Maire, mes chers collègues,

A la gauche de l’hémicycle, vous aimez souvent parler de déconstruction. Permettez-moi, à mon tour, de déconstruire le mythe du P.L.U. bioclimatique.

Commençons par les fameux 300 hectares d’espaces verts, les P300. Une promesse à l’ambition irréalisable qui finit par se réduire au recyclage d’espaces verts existants. Même les cimetières, ces lieux où reposent nos défunts, sont convoqués pour ressusciter cette mesure-phare. En bref, un enterrement de première classe pour une promesse qui n’a jamais vécu.

Les servitudes de mixité fonctionnelle et sociale imposées aux immeubles tertiaires, combinées au pastillage, illustrent un malus déguisé en vertu. Ces contraintes bloquent la modernisation et la rénovation thermique des bâtiments, allant à l’encontre de la transition écologique ainsi que de l’attractivité économique. A cela s’ajoute une dévalorisation de 30 %, voire 50 %, voire parfois 80 % des biens immobiliers. Ce n’est pas le grand capital qui trinque, comme pourrait le fantasmer la gauche, mais le propriétaire particulier et les organismes qui gèrent l’épargne des petits épargnants. Quant au pastillage, transformé de mesures exceptionnelles en armes de densification, il remet en cause le droit de propriété. Ironiquement, la ville, déjà ruinée, n’a même pas les moyens de garantir le droit de délaissement qu’elle impose à ses biens.

Que dire de la pleine terre ? Vous inscrivez la protection de la pleine terre dans ce P.L.U. comme une confession tardive. La réalité de vos actes, c’est que, la pleine terre, vous l’avez déjà toute « cramée ». Après l’acte 1 de Jean-Louis MISSIKA – soutenu par les écologistes, je le précise – qui a séché tous les terrains disponibles, voici l’acte 2 : densifier le bâti existant et surélever les dents creuses au détriment des espaces respirables, un véritable programme d’asphyxie urbaine.

Plutôt que de multiplier les règles contre-productives, nous proposons une vision d’un Paris aéré, vert et viable. Nos amendements visent à limiter les surélévations, notamment dans les rues étroites, et à interdire les dérogations pour les immeubles dépassant 37 mètres. Nous voulons protéger les habitants en évitant la transformation des rues en canyons urbains, que je qualifierais même de « canyons de béton ».

Nous proposons la protection de nouveaux espaces verts, comme les 7,5 hectares de l’héliport de Paris-Issy-les-Moulineaux, ainsi que le renforcement de la biodiversité sur la petite ceinture. Nous souhaitons aussi limiter les permis de construire autour du périphérique, qui fleurissent plus vite que les arbres, et utiliser des outils comme l’indice M.D.V.I., qui permet de suivre, de façon objective, la création des espaces verts. Loin de l’approche punitive du P.L.U. actuel, nous privilégions la coopération avec les acteurs économiques pour transformer l’existant : inciter plutôt que contraindre, encourager plutôt que stigmatiser.

Vous pouvez repeindre votre communication en vert, mais la réalité est implacable. Ce P.L.U. n’a qu’un seul objectif : la course effrénée aux logements sociaux à tout prix. L’environnement, lui, n’est qu’un faire-valoir. Pourquoi cette obsession ? Parce que le logement social est devenu l’assurance-vie électorale d’une municipalité qui a abandonné l’idée d’améliorer le cadre de vie des Parisiens.

Avec le groupe Changer Paris, nous proposons une alternative ambitieuse : un Paris qui respire, qui protège ses habitants et qui prépare un avenir réellement durable.

MIE des Bois parisiens

MIE des Bois parisiens

La réalité du changement climatique se fait sentir à Paris, amplifiée par l’urbanisation dense et le déficit d’espaces naturels. Conscient de ces enjeux et des fortes attentes des Franciliens en matière d’activités sportives, culturelles et événementielles, le groupe Changer Paris a lancé une MIE sur le rôle et la gestion des Bois de Boulogne et de Vincennes.

Les objectifs de notre groupe : 

  • Instaurer une vision ambitieuse pour ces bois, souvent considérés par certains, y compris Anne Hidalgo, comme de simples « fourre-tout » pour des projets sans autre localisation identifiée ou comme des espaces de location pour l’événementiel.
  • Redonner aux Parisiens le désir et les moyens de fréquenter ces lieux en améliorant leur accessibilité, leur sécurité, et la qualité de leurs installations, tout en préservant la nature

La mission 


Les 21 élus (issus de tous les groupes politiques du Conseil de Paris) ont examiné en détail ces espaces naturels, mobilisant un record de contributions — plus de 81 écrits et 144 interventions d’experts et acteurs locaux. Cette collaboration a mené à 68 préconisations, fruit d’un consensus entre tous les groupes politiques du Conseil de Paris. Le rapport a été remis au Premier adjoint de la Maire de Paris ce lundi 29 avril 2024.

Les principales préconisations envisagées par la MIE sont : 

  • Arrêter le morcellement des Bois et créer un protocole d’étude d’impact environnemental pour les grands événements.
  • Favoriser les pratiques sportives, avec la réhabilitation de terrains délaissés et l’installation d’éclairages adaptés pour étendre les heures d’utilisation.
  • Expérimenter une gestion forestière dite de « futaie irrégulière », moins invasive que les coupes rases de parcelles entières.
  • Améliorer l’accessibilité et la mobilité dans les bois, avec la création d’un plan de mobilité dédié aux bois, le renforcement des mobilités douces, la fréquence des transports en commun, et l’offre de navettes écologiques.
  • Renforcer les dispositifs existants, tels que le soutien accru aux acteurs œuvrant dans le secteur de l’aide aux sans-abri et aux personnes en situation de prostitution. De plus, la MIE appuie le renforcement de la police municipale avec la formation des agents aux enjeux spécifiques des bois.

Notre groupe Changer Paris aurait souhaité aller plus loin dans les engagements et propositions afin de :

  • Mieux préserver les espaces naturels en limitant notamment les événements de grande envergure dans les bois, comme le festival We Love Green, afin de minimiser leur impact environnemental et prévoir aussi le démantèlement des constructions dites « temporaires mais qui durent ».
  • Utiliser les nouvelles technologies : La MIE a proposé diverses initiatives pour concilier les activités humaines avec la préservation de la nature. Toutefois, notre groupe considère que ces mesures sont trop frileuses et préconise des nouvelles technologies qui pourraient significativement améliorer le suivi de la biodiversité, lutter contre les nombreuses incivilités telles que le dépôt de gravats, ou encore améliorer les pratiques sportives pour les usagers.
  • Réformer la gestion forestière : nous recommandons de cesser totalement les coupes d’arbres dans des parcelles entières pour adopter une approche de sylviculture plus douce, qui respecte davantage l’équilibre naturel et répond ainsi aux exigences climatiques et à la fréquence croissante des phénomènes de canicule.

En matière de gouvernance, la mission a conclu sur la nécessité d’améliorer la concertation avec les communes riveraines et divers acteurs des bois, en renforçant le mode de gouvernance à plusieurs niveaux et en révisant les chartes pour aboutir à un Schéma Directeur des Bois. Nous souhaitons aller plus loin en établissant une structure dédiée pour chaque bois pour coordonner leur gestion avec un budget propre et transparent.

Si les revenus générés dans les bois étaient entièrement réinvestis, cela garantirait leur protection, valorisation et sécurisation de manière durable

Retrouvez le rapport dans son intégralité en cliquant ici