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Mes chers collègues,
à vous entendre, on pourrait croire qu’être propriétaire à Paris est une faute morale. Dans votre récit, le propriétaire parisien n’est jamais un ménage qui a épargné pendant 30 ans. C’est toujours un spéculateur organisé, un collectionneur d’appartements ou encore un amateur d’Airbnb. Oui, c’est vrai, les abus existent et il faut les combattre, mais la réalité est aussi différente pour la majorité des propriétaires et vous fermez les yeux sur les difficultés du marché.
Un propriétaire parisien, c’est aussi quelqu’un qui a épargné toute sa vie, qui rembourse encore son crédit, qui subit des normes qui changent tous les six mois et qui essaie simplement de conserver un logement dans un contexte devenu extrêmement instable. Entre l’accompagnement et la sanction, vous avez choisi la sanction. Entre la confiance et la suspicion, vous avez choisi la suspension, et entre la coopération et la responsabilité partagée, vous avez choisi la fiscalité. La création d’une nouvelle taxe sur la vacance tombe d’ailleurs à point nommé. Les finances de la Ville sont dans le rouge, la dette atteint des niveaux historiques – 1 milliard d’euros, je le répète – et il fallait bien trouver quelque part de quoi alimenter la machine. Oui, vous dites vouloir remettre des logements sur le marché, mais pour l’instant, vous avez surtout remis des taxes dans le circuit.
Monsieur le Maire, vous dites aux propriétaires : « Nous ne souhaitons pas que vous payiez cette taxe. » C’est un peu comme installer un péage en expliquant qu’on espère que personne ne passera. Si je devais résumer la situation, je dirais qu’à Paris, quand un logement est vide, vous créez une taxe, quand il est loué, vous créez une règle, et quand il disparaît du marché, vous brandissez la réquisition.
Vous évoquez ensuite, dans votre communication, les aides à la rénovation énergétique. Soyons sérieux. Elles sont très largement insuffisantes face aux coûts et aux volumes réels des travaux. Ce sont des dispositifs d’affichage, ce sont des dispositifs qui existent sur le papier mais beaucoup moins dans les copropriétés. Et quand les propriétaires ne peuvent pas financer les travaux, vous brandissez la réquisition.
Nous pensons qu’il existe une autre voie ; ce sont les propositions que nous allons vous faire. Nous proposons de développer un programme de baux à réhabilitation. La Ville finance des travaux lourds, remet des logements sur le marché et se rembourse sur plusieurs années grâce à l’encaissement de loyers plafonnés. C’est efficace, c’est constructif, car c’est un partenariat entre propriétaires et la Ville, et, surtout, cela remet rapidement des logements sur le marché sans opposer la Ville aux propriétaires. Cela permet en effet de remettre des logements de location pour les ménages de la classe moyenne, mais aussi pour ceux qui travaillent au service des Parisiens.
Il existe aussi des solutions simples et de flexibilité locative. Par exemple, permettre de combiner des baux étudiants pendant l’année universitaire avec deux mois de location saisonnière l’été. Cela permettrait aux propriétaires de proposer des loyers modérés toute l’année et de rééquilibrer leur investissement pendant la période estivale, afin de financer des travaux nécessaires. De la flexibilité et du bon sens seraient en effet les bienvenus, mais vous ne voyez trop souvent que la punition et le matraquage fiscal. De la même manière, le « coliving », lorsqu’il est encadré, est aussi une solution. Aujourd’hui, la communauté est devenue un mode de vie, et vous le savez : covoiturage, coworking, colocations intergénérationnelles et « coliving ». C’est aussi un choix de vie, ne vous en déplaise. Encore faut-il regarder les choses avec le prisme de la solution, et non celui de la suspicion.
Monsieur le Maire, la crise du logement ne se résoudra pas contre les propriétaires, elle se résoudra avec eux.
Je vous remercie.